Protection du climat et adaptation en agriculture (leviers d’action)

L’agriculture est de plus en plus sollicitée dans le domaine de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique. Les exploitations agricoles sont ainsi confrontées à la question de savoir comment réduire efficacement les émissions tout en renforçant de manière ciblée leur résilience face aux risques climatiques. Pour que des mesures adaptées puissent être identifiées et mises en œuvre, il est nécessaire de bénéficier de conseils avisés, de bien comprendre l’impact des différentes mesures sur l’exploitation et d’avoir une vue d’ensemble des options d’action possibles.

Exemples pratiques inspirants

De l’état des lieux au plan d’action

L’objectif du bilan carbone d’une exploitation agricole est de mettre en évidence les principaux postes d’émissions et de fournir ainsi une base décisionnelle permettant de réduire les émissions de manière ciblée et d’améliorer l’efficacité de l’exploitation. À cette fin, les émissions de GES sont calculées en équivalents CO2. Le bilan prend en compte tous les processus nécessaires à la production de produits agricoles dans un secteur donné (y compris les intrants, mais à l’exclusion des activités en aval telles que la transformation et le transport). Sur la base du bilan des GES, un plan d’action comprenant des mesures concrètes peut ensuite être établi.

Limite du système pour la comptabilisation des GES d’une exploitation agricole
(selon l ‘Institut de l’élevage)

Dans le cadre des programmes (par ex. le système de points pour la protection du climat d’IP-Suisse et de BioSuisse), les plans d’action peuvent également être établis sur la base de mesures sans réaliser un diagnostic individuel. Une telle approche peut notamment permettre aux petites exploitations ayant plusieurs branches de production de mettre en œuvre rapidement des mesures standard bien établies. Cependant, pour les exploitations spécialisées (p. ex. en production laitière et en viande) et pour la mise en œuvre de mesures plus complexes, il est généralement judicieux de procéder à un bilan afin d’identifier les leviers individuels les plus importants pour chaque exploitation et de pouvoir simuler les effets de ces leviers.

Un bilan GES individuel peut également être nécessaire lorsque les exploitations doivent déclarer directement leurs émissions effectives (par ex. aux acheteurs de leurs produits).

Les outils et programmes suivants sont aujourd’hui utilisés en Suisse pour réaliser des bilans GES ou définir des plans d’action basés sur des mesures :

Important : le niveau exact des émissions de GES calculées pour une exploitation dépend également de l’outil ou de l’approche de bilan utilisé, de ses limites exactes, des données de base et de la méthodologie de calcul appliquée. Cela s’explique notamment par le fait que les systèmes de production agricole sont fortement influencés par des processus naturels, tant au niveau du sol que des animaux. Ces interactions complexes entraînent inévitablement des incertitudes et des variations dans tout calcul d’impact, et de nombreuses hypothèses doivent être formulées. C’est pourquoi les comparaisons entre exploitations et outils de bilan carbone sont peu pertinentes : une exploitation peut présenter des émissions plus élevées ou plus faibles avec l’outil A qu’avec l’outil B – même si rien n’a changé sur l’exploitation. Une analyse de la situation initiale et du potentiel de réduction individuel grâce aux leviers d’action mis en œuvre est en principe plus pertinente qu’une comparaison entre différents calculs/outils et exploitations. En effet, seules les mesures mises en œuvre ont un impact réel et renforcent les bases de production sur lesquelles l’agriculture se construit à long terme.

L’efficacité concrète d’une mesure de protection du climat sur une exploitation dépend de nombreux facteurs. Par ex., les différents systèmes de production ont des postes principaux d’émissions de GES qui varient – et donc aussi des leviers différents pour les réduire efficacement. De ce fait, l’impact en pourcentage d’une mesure diffère selon le système de production de l’exploitation : ce qui a un poids important dans un système peut n’avoir qu’un effet limité dans un autre.

Les illustrations suivantes montrent à l’aide d’un exemple d’une exploitation spécialisée en grandes cultures et d’une exploitation laitière :

Dans les exploitations de grandes cultures, la plupart des émissions proviennent généralement du protoxyde d’azote (issu des processus se déroulant dans le sol) résultant de la fertilisation azotée, alors que dans les exploitations laitières, ce sont les émissions provenant du méthane entérique des ruminants qui prédominent. Pour les exploitations spécialisées en grandes cultures, ce sont surtout les mesures liées à la fertilisation qui offrent un fort potentiel de réduction en pourcentage. En revanche, les exploitations avec des bovins doivent agir sur des leviers réduisant les émissions de méthane de leur troupeau par des mesures appropriées.

1. entrée en matière et prise de contact

Le conseil climat débute par un entretien avec l’agriculteur. À cette occasion, on recense les raisons qui motivent la participation au conseil climat – qu’il s’agisse d’une initiative personnelle, d’un programme ou d’exigences externes. On s’informe également brièvement de la motivation personnelle et des attentes de l’exploitation. Cela permet de définir une orientation et d’établir une base de dialogue fondée sur la confiance.

2. clarification de la prestation et formulation des objectifs

Vient ensuite une clarification commune de la prestation de conseil et des objectifs. On discute des développements visés pour l’exploitation (y compris en dehors des objectifs climatiques). On peut également discuter de la question de savoir si l’accent doit être mis sur la protection du climat, l’adaptation au changement climatique ou les deux.

3. analyse de la situation initiale

Un bilan des GES ou un état des lieux de l’exploitation met en évidence les principaux postes d’émissions et aide à identifier les plus grands potentiels de réduction. En complément, les risques climatiques liés à l’exploitation peuvent être analysés et évalués conjointement.

4. élaboration du plan d’action

Sur la base des résultats du bilan et des objectifs, des mesures possibles pour l’atténuation et l’adaptation au climat sont élaborées et évaluées en termes de faisabilité et d’impact. Il convient également de tenir compte des mesures qui présentent un intérêt particulier pour l’agriculteur (intérêt/motivation personnelle). La plupart des programmes et des outils climat fournissent déjà une sélection de mesures possibles et offrent ainsi une bonne base pour réaliser un plan d’action.

5. phase de mise en œuvre

La mise en œuvre des mesures définies incombe à l’agriculteur. La mise en œuvre des mesures doit être activement accompagnée afin de pouvoir répondre rapidement aux questions ou défis éventuels et, si nécessaire, d’apporter des ajustements au plan d’action. Pour des questions spécifiques concernant la mise en œuvre, il est possible de faire appel à d’autres spécialistes (par ex., calcul de ration, bilan de fumure).

6. évaluation et clôture

Après la mise en œuvre, l’efficacité des mesures est évaluée en faisant un nouveau bilan de l’exploitation. D’autres questions permettent d’évaluer ce processus dans son ensemble : Quel est le degré de satisfaction de l’agriculteur par rapport à la mesure ? Des ajustements sont-ils éventuellement nécessaires et quels sont les effets positifs supplémentaires (co-bénéfices) éventuellement générés sur l’exploitation par la mise en œuvre des mesures climatiques ? L’agriculteur est-il intéressé par d’autres mesures ?

La liste de mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique permet d’accéder à des connaissances sur les mesures efficaces, tant pour réduire les GES que pour adapter la production agricole aux conséquences du changement climatique. Pour chaque option de levier d’action, des informations sur son impact sont fournies, les étapes de mise en œuvre sont expliquées et des références à des informations complémentaires sont indiquées.

Pour faciliter la navigation, les mesures sont classées en catégories, telles que « grandes cultures » ou « production laitière ». Nombre d’entre elles sont déjà connues et éprouvées dans d’autres contextes, mais sont présentées ici sous l’angle du climat. Cette liste n’est pas exhaustive et sera régulièrement mise à jour ; les mesures qui ne sont pas encore disponibles sont surlignées en gris.

Offres et réseaux

Ce qui suit présente des offres de conseil concrètes et des contenus de soutien pour des mesures/leviers d’action pratiques dans l’agriculture. Ils aident les agricultrices et agriculteurs ainsi que leurs conseillères et conseillers dans la protection du climat (atténuation) et l’adaptation aux impacts du changement climatique.

L’agriculture a besoin d’énergie — pour le climat des étables, les machines, le séchage ou le refroidissement. En même temps, elle offre un grand potentiel pour utiliser l’énergie de manière plus efficace et produire elle-même de l’énergie renouvelable. Des exemples en sont l’optimisation de la gestion énergétique dans l’élevage, notamment pour le chauffage, la ventilation et la production d’eau chaude, ainsi que l’intégration de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments agricoles. AgroCleanTech aide les agricultrices et agriculteurs à analyser leur consommation d’énergie, à identifier les potentiels d’économie et à mettre en œuvre des solutions respectueuses du climat.

AgroCleanTech, l’agence de conseil en énergie de l’agriculture suisse

Le changement climatique influence le cycle de l’eau – et inversement. La hausse des températures modifie les régimes de précipitations et la disponibilité de l’eau. En même temps, l’eau agit comme un tampon climatique naturel : des sols bien gérés et des cycles hydriques fonctionnels aident à stocker l’eau et à la libérer lentement dans l’air, ce qui permet de rafraîchir le sol et l’air. Une gestion durable de l’eau et des sols est donc essentielle pour une agriculture résiliente au climat. Le « Forum Gestion durable de l’eau en agriculture » est une plateforme d’échange et de diffusion des connaissances sur tous les sujets liés à l’eau et à l’agriculture. Il offre un soutien pour le développement et la mise en œuvre de projets concrets.

Forum Gestion durable de l’eau en agriculture (en allemand)

L’agroécologie est une approche globale pour des systèmes agricoles et alimentaires durables. Elle combine les connaissances scientifiques, les pratiques agricoles éprouvées et les mouvements sociaux pour promouvoir une production alimentaire écologique, équitable et résiliente.

Vers la page Agroécologie sur Agripedia

La plateforme propose des informations pratiques, des exemples ainsi qu’un accès à des contacts et à des acteurs de l’agroforesterie en Suisse.

Agroforesterie.ch

La plateforme nationale sur l’ammoniac regroupe des connaissances pratiques, des exemples, des mesures évaluées, des bases techniques ainsi que des offres de conseil afin de réduire spécifiquement les émissions d’ammoniac en agriculture et de faciliter la mise en œuvre de mesures efficaces.

Plateforme nationale d’ammoniac

Le portail de connaissances « Trajectoire de réduction des émissions d’éléments nutritifs » présente des approches et des exemples pratiques pour réduire les excédents de nutriments en agriculture et met en évidence où et comment les exploitations peuvent améliorer de manière ciblée leurs flux de nutriments. Elle apporte ainsi une contribution importante à la protection du climat : une utilisation plus efficace des nutriments – en particulier de l’azote – permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre (notamment le protoxyde d’azote), de préserver les ressources et de renforcer la résilience des exploitations.

Trajectoire de réduction des émissions d’éléments nutritifs